À l’évocation du nom de Sarah Halimi, plusieurs réflexions se bousculent dans mon esprit, plusieurs sentiments aussi. Entre exaspération, colère, lassitude et détermination à ne pas signer la reddition.
Entre colère et lassitude : vingt ans que l’alerte est lancée
Lassitude, car voici deux décennies que l’alerte est lancée quant à l’antisémitisme qui vient, l’antisémitisme musulman qui menace les Juifs. Deux décennies que l’état des lieux est dressé et que nous regardons les Juifs tomber, sauvagement agressés et/ou assassinés.
Égrenons quelques dates : en 2002, paraissait l’ouvrage collectif dirigé par l’historien Georges Bensoussan sous le pseudonyme d’Emmanuel Brenner, Les Territoires perdus de la République, avec pour sous-titre Antisémitisme, racisme, sexisme en milieu scolaire, dans lequel de nombreux enseignants témoignaient sous le sceau de l’anonymat. En 2003, Alain Finkielkraut publiait Au nom de l’Autre. Réflexions sur l’antisémitisme qui vient : «Les Juifs ont le cœur lourd et, pour la première fois depuis la guerre, ils ont peur», alertait le philosophe. En 2004, le rapport Obin portant sur «les signes et manifestations d’appartenance religieuse dans les établissements scolaires» remis à François Fillon, alors ministre de l’Éducation nationale, confirmait l’autorité exorbitante acquise par l’islamisme à l’école. La même année, le ministre de l’Intérieur de l’époque, Dominique de Villepin, commandait à Jean-Christophe Rufin une autre étude : «Chantier sur l’antisémitisme et le racisme». L’ancien médecin humanitaire établissait à son tour «la montée d’un “nouvel antisémitisme”» – éloquence des guillemets, indice d’un certain malaise? – «qui serait le propre de jeunes issus de l’immigration, en particulier maghrébine». Il en appelait à une «action en force» dans ce domaine.
Les morts nous obligent.
Sauf que nous préférons
jeter l’opprobre
sur les lanceurs d’alerte!
Pour l’essentiel rangés dans des tiroirs, classés sans suite, ces travaux se heurtèrent à l’indifférence. Quand ils furent remarqués, ce fut pour en diffamer les auteurs : ainsi des signatures réunies par Georges Bensoussan dans Les Territoires perdus, toutes issues de la gauche, que Le Monde diplomatique s’empressa de clouer au pilori et de déclarer atteintes d’«hystérie islamophobe». Et l’auteur de l’article, Dominique Vidal, de jeter en pâture le nom de Georges Bensoussan en dévoilant le pseudonyme d’Emmanuel Brenner sous lequel il avait publié cet ouvrage collectif. Premiers grains d’un chapelet que viendront compléter au fil du temps publications, tribunes, pétitions. Vainement. Et Sarah Halimi est assassinée en avril 2017.