Une société malade de son antisémitisme, mais pas seulement

Jérôme Segal

Jérôme Segal est maître de conférences à Sorbonne Université, également chercheur et journaliste à Vienne, en Autriche. Son dernier livre, L’Armoire (préfacé par Serge Klarsfeld), est paru aux éditions Valensin en 2020.

En France, au début du XXIe  siècle, des Juifs ont été tués parce que juifs. Au moins onze, depuis l’horrible assassinat d’Ilan Halimi en 2006, en comptant les victimes de l’école juive de Toulouse en 2012 – Jonathan Sandler et ses deux enfants Gabriel et Arié, ainsi que la petite Myriam Monsonégo –, les victimes de l’Hypercacher en 2015 – Yohan Cohen, Philippe Braham, François- Michel Saada et Yoav Hattab –, Sarah Halimi en 2017 et Mireille Knoll un an plus tard.


Tous jugés et condamnés, sauf un


Tous les assassins sont des hommes, qui en général ont tué au nom d’Allah après une radicalisation plus ou moins rapide, souvent en milieu carcéral. Tous ont été soit abattus par les forces de l’ordre, soit jugés et condamnés… Sauf un : le meurtrier tortionnaire de Madame Halimi. La Cour de cassation a estimé que lorsqu’il a massacré et défenestré la sexagénaire en récitant des sourates du Coran, Kobili Traoré subissait une « abolition du discernement » au sens de l’article 122-1 du Code pénal.

Tous les assassins sont des hommes, qui en général ont tué au nom d’Allah après une radicalisation plus ou moins rapide, souvent en milieu carcéral.


Il est cependant important de garder à l’esprit qu’il y a eu reconnaissance de culpabilité, y compris le caractère antisémite, et que la déclaration d’irresponsabilité pénale a été accompagnée d’une hospitalisation assortie de mesures de sûreté pour vingt ans.


De trop faibles moyens alloués à la justice et à la prévention


C’est à la société en général, et aux pouvoirs publics en particulier, qu’il incombe de lutter sans relâche contre la radicalisation islamiste – fermer les mosquées intégristes, expulser les imams étrangers prêchant la haine… –, contre toutes les formes d’antisémitisme, mais aussi contre la banalisation de l’usage des drogues. Il faut aussi plus de moyens pour la justice et les hôpitaux. M. Traoré avait une vingtaine de condamnations inscrites à son casier judiciaire pour vol, port d’armes, usage et trafic de stupéfiants : un échec de la prévention et de la réinsertion.
Si l’horrible meurtre de Madame Halimi est devenu un symbole, cela doit être d’abord celui d’une société malade de son antisémitisme, mais aussi des trop faibles moyens alloués à la justice et à la prévention.

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