Un inexplicable désastre

Gilles-William Goldnadel

Gilles-William Goldnadel est avocat (notamment de la famille de Sarah Halimi et de la famille de Mireille Knoll), essayiste, chroniqueur télé. Il a notamment publié un livre de confrontation avec Pascal Boniface, en 2010, Sans concessions. Conversations avec David Reinharc, et en 2021, aux Nouvelles Éditions de Passy, Manuel de résistance au fascisme d’extrême gauche.

Je ne suis pas objectif. Je n’ai pas à l’être puisque je suis l’avocat de la sœur de Sarah Halimi. Mais j’essaie d’être honnête. On m’interroge souvent pour tenter de comprendre les raisons d’un désastre judiciaire nommé Sarah Halimi.
Pourquoi le tortionnaire et assassin de cette dernière, qu’aucun psychiatre n’a décrété fou, a-t-il échappé au châtiment d’une justice humaine devenue inhumaine? Pour répondre honnêtement à cette question, il me faut faire une difficile introduction sur ce dysfonctionnement judiciaire exceptionnel et sur le dysfonctionnement général que tous les professionnels du droit constatent quotidiennement.

Le dysfonctionnement de la justice

J’ai publié dans Le Figaro un article titré : «Je n’ai plus confiance dans la justice française». Et il ne traitait pas de l’affaire Halimi… La manière dont la justice a traité cette affaire-là est littéralement inexplicable. Pourquoi une juge a-t-elle refusé de recevoir l’avocat de la famille? Pourquoi a-t-elle refusé toute reconstitution du crime? Pourquoi, après le premier rapport d’expertise, qui concluait à la responsabilité pénale de l’assassin, s’est-elle empressée d’en réclamer un autre sans que personne ne le lui demande?
Pourquoi a-t-elle tardé à enquêter sur le caractère antisémite du crime, comme le réclamait le parquet, au point que j’ai été contraint de la sommer par lettre recommandée?

Pourquoi la chambre de l’instruction a-t-elle constamment couvert ces errements, y compris en prenant une décision exactement inverse à celle prise par la cour d’appel de Versailles en 2018, qui considérait que la prise volontaire d’une substance rendant provisoirement dément, loin d’être exonératoire, constituait une circonstance aggravante? Et pourquoi la Cour de cassation approuva-t-elle cette décision?

Du déni de réalité au déni de justice

L’inconscient désir d’épargner
l’antisémitisme islamique.
On ne punit pas les pauvres,
incarnations de la Victime absolue.

Si ce désastre judiciaire est inexplicable et le manque d’empathie de la juge pour la famille de la victime patent, c’est parce qu’il existe une autre explication insoupçonnable.

[...] Suite de la contribution dans le livre L'invisible de la rue Vaucouleurs

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