Sarah Halimi, l’impasse et la sortie

Daniel Sibony

Daniel Sibony est psychanalyste et écrivain. Il a notamment publié Nom de Dieu. Par-delà les trois monothéismes en 2002, Islam, phobie, culpabilité en 2013, Un certain «vivre-ensemble». Musulmans et juifs dans le monde arabe en 2016, Coran et Bible en questions et réponses en 2017, tous édités chez Odile Jacob.

Tout s’est un peu trop focalisé sur l’état de folie dû au cannabis; les juges et les experts disant qu’on ne peut pas le juger, les autres criant : «Mais alors, suffit-il de fumer des joints pour être innocenté de son crime?» Mon idée est un peu différente : c’est de mettre en question une autre folie, qui est l’appel au meurtre du mécréant; du moins est-ce une folie pour nous, ici en France, mais ça ne l’est pas en terre d’islam ni dans les fondamentaux de cette religion qui sont pieusement transmis. La question est celle-ci : est-ce qu’une présence islamique importante, en France, peut équilibrer le fait que, pour l’énorme majorité des Français, cet appel est une folie?

On s’en doute, les juges ne veulent surtout pas aborder cette question de front; ni eux ni l’establishment ne veulent avoir l’air de juger une religion. Pourtant ils sentent que la drogue, le cannabis en l’occurrence, est un adjuvant qui met le sujet dans un état de folie tel que la folie plus fondamentale peut s’exprimer tranquillement et arriver à ses fins, et ne sera pas mise en cause. Retirons la drogue et mettons à la place une fragilité psychique, le même raisonnement tient (et ladite fragilité peut être grave ou se réduire à une visite chez le psychiatre). Alors, l’establishment a trouvé une solution qui est de monnayer la grande folie de l’appel transmis en série de petites folies personnelles. C’est cette solution qui risque de prévaloir, avec ou sans cannabis, car raisonnablement, pour projeter le djihad sur une femme seule dans un appartement parisien, il faut être un peu fou. Et si on ne l’est pas, si on a décidé de ce meurtre dans un élan solitaire et lucide, on risque bien d’être affolé par son acte, atteint d’un affolement qui révèle la folie de la décision solitaire prétendument lucide.

[...] Suite de la contribution dans le livre L'invisible de la rue Vaucouleurs

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