Plus de cinq ans ont passé depuis le meurtre de Sarah Halimi. Le nom reste en mémoire en raison de ce qu’on a appelé « l’Affaire », mais le souvenir de la victime s’estompe. Quelle personne était-elle ?
L’initiative de lui consacrer un livre de témoignages est un moyen de la ramener parmi nous dans son unicité.
Un fait significatif par sa banalité initiale
En avril 2017, Kobili Traoré, connu comme délinquant et consommateur de drogue, pénètre de nuit dans l’appartement d’une voisine. Sarah Halimi, médecin, est sauvagement frappée et traînée sur le balcon au troisième étage, puis jetée dans la cour, au cri de Allah akbar !
Dans le XIe arrondissement de Paris, à Belleville, une histoire de voisins qui se connaissent, un fait significatif par sa banalité initiale, quelque part, n’importe où… Mais le face-à-face entre la femme courageuse, aidante, et un homme de vingt-sept ans erratique, sans foyer ni travail, va libérer chez lui un accès de violence irrépressible.
La libération des virtualités meurtrières
En quoi le caractère antisémite est-il indubitable ? La prise de stupéfiants n’est pas une excuse, mais un révélateur. Pas une bouffée délirante passagère, mais la libération des virtualités meurtrières chez celui qui refuse la différence de l’autre, comme le manifeste l’injure sale Juive proférée à plusieurs reprises.
Ainsi, cette femme chez qui il était reçu était pour lui une ennemie a priori, sans justification sinon la somme des préjugés accumulés depuis des siècles, l’avidité, le goût du profit, des stéréotypes.
La négation de l’autre commence par des marques infamantes : on l’écarte de la communauté ambiante, on lui interdit les activités communes, les jardins publics, les professions, et pour finir on l’exécute. Ainsi l’a très bien résumé l’historien américain Raul Hilberg dans son ouvrage monumental La destruction des Juifs d’Europe.
Tu ne tueras point.
Le précepte fondamental de l’éthique est « Tu ne tueras point », issu de la Bible, un impératif qui appelle la justice à rendre. Comment ne pas répondre à l’appel du visage de l’autre tourné vers soi ? Que fut le dernier face-à-face entre Sarah et Traoré ? On frémit à l’imaginer.