La silenciation, c’est quand la haine envers une femme juive non seulement tue mais est suivie du silence, d’un refoulement, d’un enténébrement à combattre sans cesse.
Ici, un tel silence redouble l’assassinat de Sarah Halimi non seulement de son existence de Juive, mais aussi de son être de femme.
L’irresponsabilité du criminel, justifiée par sa « bouffée délirante » mal définie, nous renvoie à cette silenciation acceptée par la justice du fait juif autant que féminin, n’ayant été gardé que le fait psychiatrique. La justice suit les lois de la culpabilité mises entre parenthèses, les liens entre psychiatrie et droit obligent.
Un tel silence redouble l’assassinat de Sarah Halimi.
Le fait juif est de se conformer à l’existence d’une incomplétude de l’être juif. Certes, d’autres cultures sont structurées sur cette incomplétude, mais l’histoire des Juifs, marquée de ce manque-là, est remplie d’une haine toujours active, une réserve persistante, utilisée sur le plan politique, collectif. La Shoah.
Sur le plan intime, au cours d’entretiens psychanalytiques, cette réserve de haine antisémite est fréquemment évoquée pour ne pas parler de celle adressée en réalité aux parents, en premier lieu. Ici, dans la situation judiciaire singulière, le meurtrier ne peut pas parler de son acte de façon responsable. Surgit alors cette silenciation qui empêche d’extraire la mort de la victime du monde du bourreau. D’où l’impossibilité que la mort de Sarah Halimi soit subjectivée, que sa mort soit la sienne ; sa mort est alors un objet sans sépulture, un objet anhistorique. Et il y a l’impossibilité pour le criminel d’avoir une parole qui fasse acte de séparation entre sa victime et lui. Surgit une soumission involontaire de la justice à la violence des salafistes, celle de Kobili Traoré. D’où l’immense maltraitance dans le crime de Sarah Halimi.
Surgit alors cette silenciation qui empêche d’extraire la mort
de la victime du monde du bourreau.
D’où l’acharnement sur le corps de cette femme âgée. Est-ce ici de féminicide, voire de matricide, sur quoi devrait se pencher la démarche judiciaire, comme le souligne Maître Nathanaël Majster dans sa contribution à l’ouvrage ?
La dimension psychanalytique manque en cette situation judiciaire présente, aussi bien au niveau des experts psychiatres que des magistrats.