Pour la montée de l’âme de (le-ilouï nishmat) Sarah Halimi
En droit français, un délit ou un crime, quel qu’il soit, ne peut faire l’objet d’un procès que si son auteur est préalablement reconnu responsable de ses actes. Or le meurtrier de Sarah Halimi a été déclaré irresponsable, ayant agi sous l’emprise d’une « bouffée délirante ».
On imagine la frustration ressentie par les proches de la victime. Et on sait la frustration ressentie au sein de la communauté juive. Car le criminel en question a manifestement agi sous l’emprise d’un délire antisémite.
Le criminel en question a manifestement agi sous l’emprise d’un délire antisémite.
L’absence de procès a dès lors engendré, inévitablement, le sentiment d’une impunité. Et de fait, en droit français, toute personne déclarée irresponsable ne pouvant être jugée, s’ensuit qu’elle bénéficie, en ce sens, d’une sorte d’impunité.
Un profond paradoxe qui peut éclairer « l’affaire »
En va-t-il de même en droit talmudique ? Oui, le Talmud distingue bien entre qui est responsable de ses actes et qui ne l’est pas, puisque « l’idiot » ou « l’enfant » qui aurait mis le feu à une maison, par exemple, ne sont pas jugés responsables de leur acte, n’étant pas capables de discernement ; quant à l’individu X qui, en amont, aurait délibérément placé un « feu » entre leurs mains (une braise ou une flamme, voir Baba Kama 22B), le Talmud conclut qu’il n’est pas responsable devant le tribunal des hommes, n’étant pas à proprement parler l’auteur de l’incendie, mais qu’il l’est néanmoins devant le tribunal « céleste ». C’est donc que cet individu X, à l’inverse de « l’idiot » ou de « l’enfant », a commis une faute au plein sens du terme, mais qui ne relève cependant pas de la juridiction des hommes. Et c’est là un profond paradoxe.
Cet individu X, à l’inverse de « l’idiot » ou de « l’enfant », a commis une faute au plein sens du terme, mais qui ne relève cependant pas de la juridiction des hommes.
Ce paradoxe peut-il éclairer « l’affaire Sarah Halimi » ? En un sens, oui, si l’on convient que le « feu », braise ou flamme, c’est le ressentiment antisémite, que « l’idiot », c’est le meurtrier de Sarah Halimi, qu’enfin l’individu X, c’est la société qui véhicule et transmet le ressentiment antisémite à « l’idiot » qui voudra bien s’en saisir.
Tous comparaîtront un jour devant le tribunal « céleste »
Ce n’est donc pas le droit français qui est ici en cause, c’est la longue histoire d’un ressentiment. Or une histoire, cela se juge exclusivement devant le tribunal « céleste », où comparaîtront, à la fin des temps, toutes les histoires, celle des Juifs comme celle des antisémites.
Ce n’est donc pas le droit français qui est ici en cause, c’est la longue histoire d’un ressentiment.
Est-ce à dire qu’il faut s’en remettre au jugement du Ciel ? Traduisons plutôt que la bonne manière de combattre l’antisémitisme, c’est de contribuer à l’histoire juive, laquelle, depuis Abraham, véhicule et transmet la flamme non d’un ressentiment mais d’un miracle : celui d’une humanité ayant surmonté sa
bêtise.
Il y a donc d’une part ceux qui soufflent sur la braise du ressentiment, d’autre part ceux qui alimentent la flamme du miracle. Et tous comparaîtront un jour devant le tribunal « céleste ».