Au sortir de la Seconde Guerre mondiale, l’avocat Wladimir Rabi alertait dans la revue Esprit : «Non, jamais plus nous ne serons comme les autres. Nous ne pouvons pas oublier. Nous n’oublierons jamais. Nous avons été “la balayure du monde”. […] Et nous sommes aussi les martyrs, c’est-à-dire les témoins de l’abjection humaine.»
Une période de répit dont la page se tourne
La Shoah, plaie béante jamais cautérisée, a hanté la vie des survivants. Pourtant, depuis leur accession à la citoyenneté, les Juifs se disaient «heureux comme Dieu en France». Une expression apparue dans les shtetl d’Europe centrale en yiddish (Men ist azoy wie Gott in Frankreich!), résumant assez bien, au xixe siècle, l’état d’esprit des Juifs d’Europe centrale qui idéalisaient la France républicaine et laïque, le premier pays leur ayant accordé l’émancipation en 1791. Élie Wiesel expliquait qu’après Auschwitz, les Juifs auraient pu tout demander, ce qu’ils n’ont pas fait : «En 1945, ou en 1946, je crois qu’on aurait pu faire payer au monde un prix plus élevé. Je parle comme un marchand, mais vraiment je le pense. On aurait pu lui imposer une théorie à nous, une loi à nous. Rien n’a été fait!» Finalement, qu’est-ce que les Juifs de France ont obtenu? Une période de répit dont la page semble se tourner, avec une recrudescence de l’antisémitisme depuis le début du XXIe siècle.
Si l’antijudaïsme d’extrême droite a été une constante, celui d’extrême gauche n’est pas moins virulent.
Si l’antijudaïsme
d’extrême droite a été
une constante,
celui d’extrême gauche
n’est pas moins virulent.