Sarah Halimi Femme juive assassinée à Paris en 2017
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Quelle est la légitimité d’Israël face à l’affaire Sarah Halimi ?

Sabine Aiache

Sabine Aiache est directrice de communication et attachée de presse. Toulousaine de naissance, elle vit en Israël depuis vingt-quatre ans.

Assister à l’affaire Sarah Halimi sur le sol français est une expérience absolument traumatisante. La vivre depuis Israël est encore plus lourd de conséquences et nous interroge sur le rôle de l’État hébreu face à des crimes antisémites commis en diaspora : Israël a-t-il une légitimité à s’exprimer sur le sujet ? Israël a-t-il une légitimité à intervenir ?


Une ultime trahison de la France face à ses ressortissants juifs


L’affaire Sarah Halimi a été vécue en Israël comme une ultime trahison de la France face à ses ressortissants juifs, mais aussi comme une insulte à la communauté juive mondiale.
Hanté par les horreurs commises durant la Seconde Guerre mondiale et trimballant le traumatisme profond d’une inaction quasi unanime des pouvoirs en place et des populations locales, Israël a été construit sur les bases d’une double mission : servir de garde-fou en amont, mais également agir s’il considère que des Juifs de diaspora sont en danger.

Israël a été construit sur les bases d’une double mission.


Dans l’affaire Sarah Halimi, affaire bien française, l’État hébreu a directement été sollicité puisque, après la confirmation par la justice française de l’irresponsabilité du tueur, la sœur de la victime a annoncé vouloir saisir la justice israélienne en dernier recours. Une procédure peu probable, mais rendue possible d’une part grâce à la double nationalité de la plaignante, et d’autre part par la religion de la victime.


La peur d’un soulèvement de la population arabe en France


En Israël, cette affaire a eu un écho immédiat. Le président de l’État hébreu de l’époque, Yossi Rivlin, somme Emmanuel Macron d’adopter une position rapide et ferme : il ne doit y avoir aucune tolérance à l’antisémitisme. Parallèlement, il lui demande un amendement du Code pénal. Ce qui sera fait.
D’ailleurs, ce n’est pas la première fois qu’un dirigeant israélien s’exprime à la suite d’actes antisémites. On se rappelle l’allocution de Benyamin Netanyahou, moins diplomate que Rivlin, qui, constatant la lenteur d’intervention des forces françaises lors de la tentative d’arrestation de Mohamed Merah à Toulouse, menace d’envoyer Tsahal et de régler le problème « à notre façon ». À l’époque, cette prise de parole avait créé la polémique.

Régler le problème « à notre façon ».


En Israël, l’affaire Sarah Halimi a été très largement couverte par la presse. Pour les Juifs israéliens, ne pas reconnaître le caractère antisémite de cet acte est une aberration compte tenu des éléments accablants du dossier, mais cette position traduit un phénomène extrêmement plus inquiétant : la peur des dirigeants français d’un soulèvement de la population arabe en France. Et c’est en cela qu’Israël a, je pense, un rôle fondamental à jouer. Reste à savoir comment et dans quel cadre.

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