«Peut-être la suprême vertu, en notre siècle, serait-elle de regarder en face l’inhumanité sans perdre foi dans les hommes», déclarait Raymond Aron en 1947. La mort de Sarah Halimi ne nous laisse pas seulement orphelins. Elle nous oblige. Elle nous place devant l’obligation de comprendre, et de comprendre au présent. Non pas les motifs du geste qui ont guidé son assassin. Le verdict est tombé : irresponsable. Mais bien la responsabilité qui est la nôtre face au déchaînement de violence qui emporte aujourd’hui nos sociétés. Elle fait signe, pour les plus pessimistes, vers la nature de l’homme. Celui-ci, avertissent Sophocle ou Freud, ne viendra jamais à bout des pulsions de mort qui l’habitent. Elle révèle surtout le défi qui est le nôtre : rapprocher la politique de l’éthique comme un devoir envers les morts ou les générations à venir, mais plus encore envers les vivants.
La mort de Sarah Halimi ne nous laisse pas seulement orphelins. Elle nous oblige.