Pires que les antisémites, leurs idiots utiles ?

Frédéric Encel

Frédéric Encel est docteur HDR en géopolitique, maître de conférences à Sciences Po Paris et professeur à la Paris School of Business. Il a fondé et anime les Assises nationales annuelles contre le négationnisme. Il a publié, en 2022 chez Odile Jacob, Les voies de la puissance. Penser la géopolitique au xxie siècle.

Comme des millions d’autres avant elle, Sarah Halimi a été assassinée comme juive. Elle n’a pas été assassinée comme étant une femme française ou européenne, comme blanche ou comme sympathisante de droite ou de gauche, mais bien en tant que juive. Et son assassin, même s’il devait être considéré comme «irresponsable», a bel et bien assassiné sciemment une personne juive et pas une autre. Telle est la réalité brute, objective, de cette affaire qui renvoie à une histoire ô combien tragique, qui a prévalu depuis presque deux millénaires en pays de Chrétienté ou en terres d’Islam, puis dans cette Europe où les régimes païens nazi et stalinien ont essaimé.

Si contextualiser demeure essentiel pour appréhender les racines et les mécanismes d’un phénomène social comme l’antisémitisme, relativiser s’avère toujours dangereux.

Comprendre ne doit jamais signifier relativiser (et donc excuser sournoisement) dès lors qu’il s’agit de haine collective ayant déjà mené à un génocide et à d’innombrables exactions sur des «temps longs» braudéliens. Relativiser l’antisémitisme, ici, d’un leader d’extrême gauche du xixe siècle sous le prétexte que la misère existait et que certains banquiers (souvent philanthropes, du reste!) étaient juifs; ou là celui de tel pronazi car le traité de Versailles avait été sévère; ailleurs encore, car tel jeune de banlieue connaît une situation sociale précaire et/ou rejette la politique d’un État situé à quatre mille kilomètres, c’est déjà admettre l’inadmissible, abdiquer devant ce qui pourra se reproduire à échelle non seulement individuelle, mais collective.


Mais il y a finalement peut-être pire que les antisémites, du moins dans la mesure où un régime démocratique digne de ce nom tel que la République française en interdit les manifestations publiques, en mots comme en actes : leurs alliés objectifs, ces idiots utiles qui, mus par un tiers-mondisme dogmatique, prétendent qu’intrinsèquement certains collectifs sont victimes, pas les autres. Et dans leur esprit, Sarah Halimi était une autre.

[...] Suite de la contribution dans le livre L'invisible de la rue Vaucouleurs

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