En 1972, Golda Meir poussait ce cri de colère, à la suite de l’assassinat des athlètes israéliens aux Jeux Olympiques de Munich : « Vingt-cinq ans après la fin de la Seconde Guerre mondiale, on assassine encore des Juifs, pieds et poings liés, sur la terre allemande ! »
Eh bien, je ne peux m’empêcher de penser que quarante-cinq ans plus tard, en France, en plein Paris, on peut encore persécuter et exécuter sauvagement une femme juive innocente sans que le coupable ne soit jugé !
Cette fois, il ne s’agit même pas d’un attentat revendiqué par un groupe terroriste, mais d’un crime antisémite tragiquement ordinaire perpétré par un jeune radicalisé contre une paisible retraitée. Une voisine.
Un crime antisémite tragiquement ordinaire perpétré par un jeune radicalisé contre une paisible retraitée.
Ce qui m’envahit d’abord est un sentiment de honte vis-à-vis de cette vieille dame et de sa famille. S’ensuit une grande colère à l’encontre de l’État dans lequel je vis. Enfin, un profond malaise en repensant à l’enchaînement des faits et au dénouement judiciaire de l’affaire.
L’État a failli, la justice a trahi
Le constat est sévère : je me dis que mon État a failli, que la justice a trahi.
Failli pour prévenir les errances d’une jeunesse délinquante radicalisée. Failli pour protéger une concitoyenne juive vulnérable. Failli aussi pour rassurer la communauté juive dans son ensemble, dans le contexte de tension si particulier qu’elle connaît depuis dix ans maintenant.
La justice, à son tour, a trahi. Trahi la confiance que l’on peut avoir dans ses valeurs, ses principes élémentaires, et dans sa capacité à sanctionner l’intolérable. À défendre les plus vulnérables. En dépit de circonstances que chacun considérerait comme aggravantes, le meurtrier ne sera jamais jugé. Le meurtre restera impuni. Une injustice s’ajoute à la douleur. D’une certaine manière, le crime est nié. Un procès hautement inflammable aura été évité.
Pas de procès. Pas de vagues. La honte, la colère, le malaise, disais-je.