Nous sommes tous Sarah Halimi… Nous sommes tous de la famille de Sarah Halimi… Nous sommes tous contre la barbarie des hommes, qui que nous soyons.
Une émotion vivace que le temps n’efface pas
C’est avec stupeur, émotion et colère que j’ai personnellement accueilli la tragique nouvelle concernant le meurtre de Sarah Halimi commis en avril 2017 par son voisin, un jeune de vingt- sept ans. La barbarie à visage humain venait de frapper. Comment ne pas penser à mes grands-mères chéries Hélène et Fatima ? Elles auraient pu être Sarah Halimi. Son calvaire aurait pu être le leur.
Elle était une mère et une grand-mère accomplie de soixante-cinq ans vivant à Belleville, un quartier populaire du XI e arrondissement de Paris. Elle a été sauvagement assassinée.
Comment ne pas penser à mes grands-mères chéries Hélène et Fatima ?
Comment cet individu, qui aurait dû avoir comme seul objectif de protéger et choyer une voisine qui avait l’âge d’être sa grand-mère, a-t-il pu commettre un crime d’une telle atrocité ?
Après la stupeur, l’émotion. Une émotion toujours aussi vivace, que le temps n’efface pas. Et puis l’incompréhension et la colère.
Comment la justice peut-elle ne pas rendre pénalement responsable l’auteur de ce crime, au motif qu’il était sous l’emprise de produits stupéfiants ? J’ai été scandalisé par cette décision qui ouvre le chemin de la déresponsabilisation de ceux qui commettent l’irréparable après avoir sciemment fumé un joint ou consommé un trop-plein d’alcool. C’est une décision très inquiétante de mon point de vue, qui fera malheureusement jurisprudence.
La colère m’a saisi lorsque j’ai pris connaissance des détails de ce crime abject via la presse.
La haine antisémite se perpétue de génération en génération
Si le motif de cette barbarie découle apparemment d’une altercation de voisinage, il y a dans cet acte meurtrier une haine que le criminel entretenait et ressentait à l’égard de Sarah Halimi. Le frère de la défunte a précisé aux enquêteurs que le tueur avait récemment traité sa sœur de sale Juive.
Le tueur l’avait récemment traitée de sale Juive.
Sarah Halimi a-t-elle été tuée parce qu’elle était juive ? Est-ce un crime antisémite ? Il est difficile de répondre avec certitude à cette question, tant le profil de l’assassin pose question. Il y a sans doute un fonds d’antisémitisme primaire dans ce meurtre sordide. Il y a toujours et encore cette haine à l’égard du Juif, une haine basée sur une jalousie de classe, une haine qui se nourrit de poncifs ancestraux (le Juif et l’argent), une haine qui s’alimente à travers le conflit israélo-palestinien, une haine qui fantasme sur l’unité et la solidarité de la diaspora juive dans le monde qui serait à la tête d’un complot mondialisé… Tout cela existe et se perpétue malheureusement de génération en génération.
Par ailleurs, lorsque j’apprends que le barbare aurait invoqué Dieu en arabe en reprenant notamment des versets du Coran après avoir commis l’horreur, je me dis que certains vont s’empresser d’établir des raccourcis entre antisémitisme et musulmans… Comment cet être totalement déshumanisé et sous l’emprise de stupéfiants peut-il faire référence à Dieu en commettant un meurtre d’une rare violence ?
Comment ce criminel sans humanité et sous l’emprise de stupéfiants peut-il faire référence à Dieu en commettant un meurtre d’une rare violence ?
Je considère pour ma part qu’un musulman ne peut commettre un tel acte au nom de sa religion. Un fanatique, de surcroît drogué, prétextant avoir épousé l’islam, peut en revanche tenter de nous le faire croire en bafouant les fondements et les bases mêmes de la religion musulmane.
Le profil du criminel renforce ainsi la thèse qui consiste à affirmer qu’il y aurait un nouvel antisémitisme qui prendrait racine dans une frange de la communauté musulmane.
Mobilisons-nous ensemble contre les fanatiques haineux
Je comprends nos compatriotes de confession juive qui s’inquiètent et, pour certains, sont convaincus que ce nouvel antisémitisme gagne du terrain, notamment au sein de la jeunesse de confession musulmane issue des banlieues. Personnellement, je n’y crois pas. Il n’y a pas plus d’antisémites dans les banlieues françaises que dans le reste du pays ; il n’y a pas plus d’antisémites chez les musulmans que chez les autres croyants ou non-croyants…
Il n’y a pas plus d’antisémites chez les musulmans que chez les autres croyants ou non-croyants.
Le meurtre horrible de Sarah Halimi, ou encore le gang des Barbares qui a fait subir les pires atrocités au jeune Ilan Halimi, ne sont en rien représentatifs des jeunes de banlieues, et encore moins des musulmans de France.
N’alimentons pas ce fantasme, car nous avons déjà beaucoup à faire avec les antisémites de tous bords dont font à l’évidence partie des franges mineures issues des banlieues, ainsi que des fanatiques agissant au nom de l’islam.
Mobilisons-nous pour poursuivre le travail de mémoire, d’éducation, d’information et de sensibilisation en direction du plus grand nombre, et notamment des jeunes générations. Mobilisons- nous pour développer et renforcer le dialogue interreligieux, et réaffirmer l’impératif de fraternité entre les communautés ethniques et religieuses qui forment la communauté nationale française.
Sarah Halimi ne vivait pas repliée sur elle-même. Elle avait un idéal qui se situait à la fois dans sa judéité et dans sa conception républicaine du vivre-ensemble. Elle vivait à Belleville, avec des voisins de toutes origines et de religions différentes.
Sarah Halimi ne vivait pas repliée sur elle-même.
Pour elle nous devons poursuivre et mener le combat contre l’obscurantisme et pour la fraternité… Nous sommes de la famille de Sarah Halimi.