L’institution désinstituante ou le triomphe de Fofana

Monette Vacquin

Monette Vacquin, psychanalyste et écrivain, est ancien membre du Collège des Psychanalystes et ancien membre de la commission d’éthique biomédicale du Consistoire israélite de Paris. Elle est membre de Schibboleth – Actualité de Freud et du conseil scientifique du département d’éthique biomédicale du Collège des Bernardins. Elle est notamment l’auteur de Main Basse sur les vivants, paru aux éditions Fayard en 1999, de Grave ma non troppo. Beethoven dernier mouvement, publié aux éditions Penta en 2014, et de Frankenstein aujourd’hui. Égarements de la science moderne paru en 2018 aux éditions Belin.

Pour l’effraction en pleine nuit, impunité.
Pour la torture, impunité.
Pour la défénestration, impunité.
Pour l’antisémitisme, un an de résistance. Il est vrai qu’il ne revêt pas la forme familière d’un militant d’extrême droite à croix gammée et que, manifestement, l’instruction a du mal à le reconnaître sous d’autres traits : la conjonction Juif/démon, ou incroyant/démon, ou apostat/démon, portée aujourd’hui par l’islamisme, chez certains esprits faibles.
Pour les sources pathogènes de la haine et de son agir, silence. Pour la victime et pour sa famille, pour ses avocats, une juge d’instruction invisible, pas de procès, pas de jugement, pas de sanction.
Pour l’instruction, pas de reconstitution. Pour la police et sa non-intervention, pas d’enquête.

Pas de procès, pas de jugement,
pas de sanction.


La notion de culpabilité est-elle indifférente au principe de raison ? Avons-nous perdu la nôtre, égarée dans l’idolâtrie des subtilités expertes entre abolition ou altération du discernement ? Notre droit peut- il reposer sur la distinction fragile de ces seuls deux mots, leur usage faisant de fait des experts des juges occultes disposant, et le sachant, de l’accès ou non au procès d’un assassin ? Car le jugement, la reconnaissance de la culpabilité et la sanction signifient la présence intérieure de l’institution dans ce drame. La référence tierce garante du maintien de la raison.


Une dévastation symbolique


La Cour de cassation réexaminera la conformité juridique, pas le fond. C’est exactement cela, une dévastation symbolique : une conformité juridique inattaquable associée à une énormité d’injustice. Un double-bind juridique. Plus psychotisant qu’un double-bind ordinaire parce qu’émanant de l’institution même garante de cet élément essentiel de la symbolisation qu’est la justice. Une institution juridique qui n’assure pas une digue symbolique, outre le fait qu’elle s’auto-désinstitue, déverse sur tous une maladie iatrogène dont les effets dé-symbolisants sont autrement plus graves qu’un virus attrapé à l’hôpital. Idolâtrie de l’expertise, idolâtrie des procédures. Le résultat : abîme symbolique. Pour tous.

Idolâtrie de l’expertise, idolâtrie des procédures.

De tout cela, l’assassin de Sarah Halimi, lui, aura tiré toutes les conséquences logiques.
Dans l’institution de soin où il dispose des outils numériques d’aujourd’hui, il a besoin d’un nom de code. Celui qu’il s’est choisi sera riche de significations pour les oreilles fines : Fofana.

Fofana, c’est le nom de l’assassin de Ilan Halimi.

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