Comment commencer cette lettre que la raison rend inutile puisque vous ne la lirez pas ? Pourtant, c’est bien la seule forme d’expression que me dicte aujourd’hui mon émotion.
Ce qui vous est arrivé, les conséquences judiciaires et sociales de cette tragédie, nous ont tous fait basculer dans un épouvantable chaos, mélange d’horreur, d’immense peine, de terrible colère.
Certes, vous vous inscrivez dans une longue liste de victimes expiatoires où le fait d’être juive, juif, engendre la justification d’un possible massacre. Relié à la Shoah par l’idéologie jumelle du nazisme, l’islamisme et ce que ses criminels imaginent de vous suffit à leur argumentaire. Votre assassin l’a affirmé, vous êtes le démon, le sheitan.
Pourtant, lorsque l’on regarde votre doux sourire sur la photo, on se dit que le démon ne peut être qu’une projection de l’esprit d’un être incarnant le mal absolu.
Imaginer votre terreur, vos souffrances, le fait que vous ayez sans doute compris l’issue de l’attaque m’avait déjà sidérée. Nous habitions le même quartier, je vous ai probablement croisée un jour, sans le savoir. Vous m’êtes familière ; j’imagine les fêtes de famille, les bougies de Hanoucca, le jeûne de Kippour… Quel démon, en effet !
Le mot justice n’est plus qu’une coquille vide
Au-delà de ce qu’inspire votre sort de petite dame juive régulièrement insultée, menacée par votre voisin musulman puis un soir battue, torturée, jetée par la fenêtre, tuée enfin, les suites judiciaires aberrantes de votre assassinat ont démultiplié les nausées, le chagrin, l’indignation.
Une forme d’épouvante face au silence, au « padamalgame », au déni, à l’attitude de la juge d’instruction, à la bataille pour la reconnaissance du caractère antisémite des mois après, et finalement à l’irresponsabilité décrétée du monstre pour cause de prise de cannabis a fermé la parenthèse de l’espoir.
Certes, la mobilisation existe, nous ne vous oublions pas, mais persiste encore une désespérante déception. Le mot justice n’est plus qu’une coquille vide.
Nous sommes ensemble et semblables dans votre éternité, Sarah.