Lettre à Grand-Père

Jacques Wrobel

Jacques Wrobel est médecin anesthésiste-réanimateur spécialisé dans le domaine de la douleur et hypnothérapeute. Cofondateur de Médecins du Monde en 1980, il réalise toujours des missions humanitaires.

Mon cher grand-père maternel, Abraham Zaktreger, « Heureux comme Dieu en France », tu avais cinquante-six ans, Grand-Père, lorsque tu as été raflé à Paris par des fonctionnaires de l’État français en1942. Il est important aujourd’hui que je te parle, comme je l’ai souvent fait devant la seule photographie qu’il nous reste de toi. Assassiné à Auschwitz, en Pologne où tu es né, tu n’as pas de sépulture. Je ne t’ai pas connu, mais tu existes toujours dans le vent qui souffle sur mon visage, parfois fraîcheur, parfois douleur. Ton judaïsme t’a sacrifié, Grand-Père. Et pourtant, malgré ceux qui ont voulu nous faire disparaître, nous existons en tant que Juifs et nous perpétuons. Ainsi tu as une famille, des descendants car tous n’ont pas disparu. Ils ont été cachés. Ils ont résisté. Ils ont pu vivre, revivre avec courage, enfanter. Dans le monde, nous ne sommes que quinze millions, moins qu’avant la guerre. En France, nous pouvons pratiquer notre religion comme toutes les religions. Notre culture est prospère. Nous pouvons aussi nous réaliser dans la laïcité. La République nous protège. Elle est aussi mobilisée face au terrorisme aveugle que nous subissons tous.

Ton judaïsme t’a sacrifié, Grand-Père.


Malgré cela, depuis dix ans, plusieurs assassinats de Juifs, très jeunes ou plus vieux, ont été commis chez nous. Ces actes barbares sont parfois traités comme de simples faits divers. La haine antijuive proférée par quelques compatriotes se banalise avec le temps. Ils ne se cachent plus et mobilisent contre nous des esprits sensibles au populisme et à l’incivisme. L’antisémitisme s’épanouit dans des mouvements islamistes pseudo- religieux et il s’infiltre dans des partis politiques des deux extrêmes.

La haine antijuive proférée par quelques compatriotes se banalise avec le temps.


Depuis l’Holocauste, beaucoup de promesses ont été faites, des ouvrages ont été publiés, des films réalisés, des personnalités se sont engagées, des lois ont été votées. On ne peut qu’en être fiers. Mais si notre force est grande, nous restons fragiles. Tu le sais mieux que quiconque, Grand-Père, toi qui as été une victime de l’antisémitisme. Alors, inspire nous…

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