Les faibles et les forts

Daniel Leconte

Daniel Leconte est journaliste, lauréat du Prix Albert Lecache des Droits de l’homme pour Refuzniks ou la liberté refusée en 1982, du Prix Albert Londres en 1988 pour La deuxième vie de Klaus Barbie et récompensé en 2011 par un Golden Globe pour la série Carlos. Ex-directeur de l’information d’Arte, réalisateur et producteur de cinéma et de télévision, il a produit Les nouveaux antisémites en 2002 et coréalisé avec Barbara Necek Vous avez dit antisémite? Il a aussi réalisé C’est dur d’être aimé par des cons, en 2008.

Le jour de l’assassinat de Sarah Halimi, un souvenir est remonté en moi. Dans un journal que je présentais sur France 2 en 1983, figurait le sujet de l’antipsychiatrie… Au moment des faits, il y a quarante ans, ce courant incarnait une des grandes utopies nées dans l’ambiance libertaire de mai 1968. L’hôpital hors les murs, les fous dans la rue ! Selon la thèse défendue alors par les psys progressistes, les fous étaient des êtres humains plus ou moins comme les autres, seulement stigmatisés par la société. Dès lors, il fallait leur appliquer une égalité de traitement pour qu’ils répondent eux aussi, comme tout citoyen à part entière, de leurs actes, y compris ceux qui étaient passés à l’acte, et déférés devant les tribunaux.
L’argument des psys progressistes était assez simple : habituellement, les fous passés à l’acte étaient renvoyés à l’asile sans passer par la case justice. C’est le psychiatre, et lui seul, qui pouvait alors décider de les remettre en liberté, à défaut de quoi ils risquaient de finir leurs jours dans un hôpital, sans avoir jamais été jugés. Condamnés par la justice pour leur crime, pensait-on, ils seraient remis en liberté une fois leur peine accomplie. La conclusion des tenants de l’antipsychiatrie ? Les fous condamnés étaient mieux traités que les fous qui ne l’avaient pas été.

[...] Suite de la contribution dans le livre L'invisible de la rue Vaucouleurs

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