L’histoire est jonchée de crimes odieux à l’égard des populations juives. Dans la tête des antisémites, un immense héritage de haine résiste à l’enseignement que notre société s’efforce d’instiller dans les esprits pour perpétuer le devoir de mémoire et défendre la dignité humaine. Comme toutes les passions destructrices, cette haine accumulée possède un effet psychotrope qui peut se révéler plus fort que celui des stupéfiants. C’est lui qui a effacé le visage de la victime aux yeux du criminel. Des préjugés ancestraux et des stéréotypes immémoriaux ont annihilé Sarah Halimi dans le regard de Kobili Traoré : envahi par une exécration irrémissible, il a substitué à cette femme l’apparence diabolique de Satan.
La réduisant à une abstraction menaçante, la privant de son humanité, il a cru se libérer de ses propres démons en lui ôtant la vie. Il est navrant que la drogue ait été jugée à l’origine du délire exterminateur, et non le ressentiment auquel Traoré s’est nourri jour après jour.