En 2004, j’écrivais : «Il est en effet sous nos yeux une stupéfiante et cruelle réalité : en France, les enfants juifs – et ils sont les seuls dans ce cas – ne peuvent plus, de nos jours, être scolarisés dans n’importe quel établissement scolaire.»
Lors de la première Intifada, entre 1988 et 1993, un certain nombre de remontées firent état d’incidents dans les cours de récréation.
Personnellement, je pris conscience d’une mutation de la vie scolaire en 1991, lorsque des chefs d’établissement m’alertèrent, à l’occasion de la guerre du Golfe, sur le fait que des élèves devenaient extrêmement violents et contestaient la politique française en s’identifiant à Saddam Hussein.
Une rupture sur le plan théologico-politique
Il y avait là une rupture, sur le plan théologico-politique, jamais constatée auparavant.
En 1996, à l’occasion de l’enquête qui deviendrait le rapport Moisan-Simon, le principal d’un établissement d’un quartier lyonnais socialement très mixte m’annonça que les deux derniers élèves juifs – dont les familles étaient très attachées à l’école publique – venaient de partir sans qu’il pût les retenir, ne pouvant pas assurer leur sécurité. Ils subissaient des violences physiques dans la cour et la salle de classe. Malgré des conseils de discipline sanctionnant leurs agresseurs, ils étaient toujours l’objet de harcèlements et de violences sur le chemin de l’école.
Je fis un rapport très circonstancié sur cette situation, qui ne donna lieu à aucune réaction : ce n’était pas un sujet, tout se passait très bien dans les ZEP.