Pour Sarah Halimi
À la mémoire
de Claude Lanzmann
Vers la fin de la Seconde Guerre mondiale, l’écrivain Georges Bernanos affirma, dans Le Chemin de la Croix-des-Âmes, que «Hitler avait déshonoré l’antisémitisme». Le propos nous paraît bien étrange – comme si l’antisémitisme aurait pu être, en l’absence de Hitler et du nazisme, honorable! Mais ne sombrons pas dans la caricature : dans la même page, Bernanos se défend, de façon convaincante, d’être antisémite et antijuif, laissant entendre qu’il est anti-antisémite et anti-antijuif. Comme Nietzsche.
Néanmoins, cette décision en forme de constat fait signe vers une vérité : parce que «déshonoré», l’antisémitisme ne peut plus vivre au grand air dans les sphères politiques et culturelles.
Solidarité entre les mots et le crime
Après 1945, il est devenu impossible, du fait même de la monstruosité inédite de la Shoah, de se réclamer d’un antisémitisme dont la Shoah, précisément, venait de révéler la nature. Il perdit sa qualité d’option idéologique parmi d’autres.