L’antisémitisme, ce mal de tous temps et tous lieux

Maud Tabachnik

Maud Tabachnik a exercé la profession de kinésithérapeute-ostéopathe pendant près de trente ans dans son cabinet parisien. Elle a publié une quarantaine de livres – thrillers politiques, polars historiques –, tous concernés par le « problème » juif. Le dernier, Les faisceaux de la peur, est paru en 2022 chez City Éditions.

On est tenté d’expliquer l’antisémitisme par l’histoire. Un peuple accusé de déicide qui a créé lui-même le mythe du bouc émissaire, c’est du pain béni, sans mauvais jeu de mot, pour qu’une nouvelle religion dont la naissance balbutiante dût attendre trois siècles pour voir officiellement le jour, en s’appuyant sur le double mensonge de la crucifixion perpétrée par les Hébreux contre Jésus-Christ et du rôle méphitique de Judas.

Le double mensonge de la crucifixion perpétrée par les Hébreux contre Jésus-Christ et du rôle méphitique de Judas.


L’antijudaïsme prend son plein essor en Occident aux alentours de l’an mille pour perdurer jusqu’à nos jours. On en connaît les raisons : crainte de l’Église, aidée par les cupidités royales, d’un peuple qui refuse de se fondre dans la doxa et conserve, envers et contre tout, ses mauvaises manières.


Le pouvoir politique et l’antisémitisme


On a compté, depuis grosso modo la Renaissance, sur le savoir des élites dirigeantes pour instruire et diriger le peuple sur le bon chemin. Las !, nous nous sommes gravement trompés, oubliant qu’il n’y a pas plus confortable pour les « décideurs » politiques et religieux que de pouvoir désigner les responsables des troubles que non seulement ils ne savent pas solutionner, mais qu’ils ont créés. La politique est présente dans chacun de nos gestes, et quoi de plus politique que la forfaiture de la justice concernant le massacre de Sarah Halimi perpétré par un fou de Dieu, délirant de l’islam politique plus que de l’herbe qu’il fumait ?

La politique est présente dans chacun de nos gestes, et quoi de plus politique que la forfaiture de la justice concernant le massacre de Sarah Halimi ?


La France est, tout au long de l’histoire avec d’autres peuples européens, partie prenante de l’antijudaïsme, faisant en juin 1940 une épopée, mais ne l’accablons pas seulement. Rappelons-nous qu’au cours de l’histoire, il n’y avait ni gauche ni droite, mais seulement une haine et un rejet tétés au lait des mères par les fantasmes colportés. Saint-Louis et Philippe le Bel, Isabelle et Ferdinand d’Espagne, Ignace de Loyola et tous les tortionnaires de notre histoire, étaient-ils de droite ou simplement au pouvoir ? Le Parti communiste de Staline, tueur des Juifs à qui il devait beaucoup, jusqu’à Brejnev, était il de droite ? Hitler et le national-socialisme étaient-ils de droite ou simplement d’effrayants antisémites ?


Des assassins ni de droite ni de gauche


Le meurtre de Madame la docteure Sarah Halimi a été précédé de tant de millions d’autres meurtres de Juifs, non jugés et impunis au fil de l’histoire, qu’il est emblématique car impuni, cette fois, par un État de droit, au moment où le pays refuge des Juifs, Israël, est de nouveau le paria et l’accusé de l’histoire contemporaine. Où une religion née il y a quinze siècles et si infatuée d’elle-même, et dont le Livre saint repose sur la conquête et l’impérialisme, détruit les symboles antérieurs.

Parmi les millions de meurtres impunis, celui de Madame Halimi est impuni dans un État de droit.


J’ai été comme beaucoup d’autres bouleversée par le meurtre de Madame Halimi, comme par ceux des enfants de l’école Ozar Hatorah et leur père. Comme par ceux d’Ilan Halimi, de Madame Knoll, de Jérémie Cohen à Bobigny, de René Hadjadj, quatre-vingt-neuf ans, défenestré du dix-septième étage par son voisin, à Lyon, et par les nombreux autres qui l’ont suivi ou précédé, sans que le caractère antisémite pourtant évident ne soit constitué. Les assassins n’étaient pas de droite ou de gauche, mais de religion musulmane. La gauche a aussi sa part dans l’histoire, les anti-dreyfusards n’étaient pas tous de droite, comme certains parlementaires, élus, écrivains, penseurs, qui ont traversé le Rubicon dans les années 1936-1940.


Résister aux barbares


Est-ce à dire que l’antisémitisme religieux ou nationaliste est de tous les temps et de toutes les latitudes ? Le constat que j’en fais, pour être effrayant, me semble juste.
Je suis née le 12 novembre 1938, le surlendemain de la Nuit de Cristal et un an plus tôt que la déclaration de guerre, raisons qui n’ont pas fait de moi une pacifiste, défaut qui s’est confirmé tout au long de ma vie et qui a rythmé mes engagements. Cette naissance que j’ai longtemps considérée pour le moins « aventureuse » de la part de mes parents – mettre au monde une enfant durant les accords de Munich –, j’ai fini par m’y faire, puisque qu’elle m’a donné l’envie de résister aux barbares.

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