Il arrive, lorsque l’irréparable du meurtre antisémite a eu lieu, que l’on se prenne à rêver d’un discours émanant de la loi, et qui ne serait pas du semblant. Mais un tel discours est-il possible?
Lors de son allocution du 16 juillet 2017 commémorant la rafle du Vél’ d’Hiv’, le président de la République a eu un curieux propos en associant la commémoration à un meurtre qui nous était contemporain, celui de Sarah Halimi, le 4 avril 2017. En adossant cette mort au contexte d’Auschwitz, Emmanuel Macron avait commencé de donner ce que d’aucuns percevaient, dans le temps trivial du fait divers, son véritable horizon. Depuis Auschwitz, tout meurtre antisémite est la répétition d’Auschwitz. Mais il y eut dans le propos du Président français bien plus. Réécoutons la phrase : «Et malgré les dénégations du meurtrier, la justice doit faire désormais toute la clarté sur la mort de Sarah Halimi.» Emmanuel Macron, à peine réélu à la tête de l’État, se sent le devoir de transgresser la fonction qui est la sienne de protéger l’indépendance de la justice en allant au-delà d’une simple interpellation : «doit faire désormais toute la clarté» est une réquisition qui ne peut souffrir de retard.