Curieuse entrée en matière pour évoquer la mémoire de Sarah Halimi.
Et pourtant… C’est la première idée qui m’a traversé l’esprit lorsque l’on m’a demandé de contribuer à ceprojet aussi nécessaire qu’émouvant. Quelle pierre pourrait bien apporter la littérature à ce mémorial ?
Perpétuer le souvenir des disparus
Perpétuer le souvenir des disparus, c’est avant tout les nommer, écrire leur nom, le graver sur leur pierre tombale, mais aussi l’inscrire dans un livre qui, on l’espère, voyagera de génération en génération1.
Lorsque paraît Dora Bruder, le romancier réussit un tour de force : imposer cette lutte contre l’anéantissement par l’oubli et l’anonymat. Le nom de Dora Bruder, imprimé sur la couverture de la prestigieuse collection de Gallimard, lui redonne tout à coup une véritable identité. Oui, le romancier, à force d’effort d’imagination, peut espérer aller à la rencontre de cette toute jeune femme gazée à Auschwitz parce que juive. Bien sûr, il n’y a aucune certitude, et il y a même beaucoup de doutes : « J’ignore, je suppose, il faudrait savoir si… »
Toute rencontre relève du miracle
Alors oui, j’aurais aimé pour Sarah, victime d’un antisémitisme qu’on peine encore à qualifier, ou pire, que certains excusent ou justifient, qu’elle devienne un personnage. Nous savons la belle personne qu’elle était, ce qu’elle a accompli… Inutile d’en faire une héroïne, juste une femme dont on suivrait le parcours, les atermoiements, les choix qui ont modelé les contours de son existence.
« Toute rencontre relève du miracle. On le retrouve également dans le rapport entre l’événement et le récit que nous en faisons, dans le sens caché que l’écriture y introduit », rappelle Élie Wiesel.
Je veux croire en ce miracle…
1 Emmanuel Levinas formulait déjà cet espoir : « Admettre l’action de la littérature sur les hommes, c’est peut-être l’ultime sagesse de l’Occident où le peuple de la Bible se reconnaîtra. » (Actes et débats du XXVe Colloque des intellectuels juifs de langue française, éd. Denoël, 1986.)