Sarah Halimi Femme juive assassinée à Paris en 2017
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J’ai tué le sheitan (démon) du quartier ! Ou la causalité diabolique

Yves Charles Zarka

Yves Charles Zarka est philosophe, professeur émérite à l’Université de Paris. Il est également Global Professor à l’Université de Pékin et enseigne à l’Université de Rome La Sapienza. Il est fondateur et directeur de la revue Cités (PUF). Il vient de publier Réflexions philosophiques sur notre temps aux Presses Universitaires de France.

Le sauvage assassinat de Sarah Halimi relève de l’horreur et du scandale les plus extrêmes. Il en serait de même si celle-ci n’avait pas été juive. Mais elle l’était et elle a été massacrée et défenestrée uniquement parce qu’elle l’était. La cause de cet homicide terrifiant, dont le récit ne peut manquer de faire tressaillir toute personne qui garde ne fût-ce qu’un reste de conscience humaine, n’était donc pas l’argent, ni un conflit d’intérêts, ni une vengeance personnelle, ni quoi que ce soit d’autre que la haine des Juifs. L’antisémitisme.
Si c’est précisément Sarah Halimi qui a été torturée et assassinée, c’est parce qu’elle habitait dans le voisinage du tueur. Ce qui l’a condamnée à ses yeux, c’est qu’elle était juive, donc une incarnation ponctuelle du diable, source de tous les maux, de toutes les tromperies, ennemi de Dieu et de l’humanité, en particulier des musulmans. C’est aux cris de Allah akbar! et J’ai tué le sheitan! que l’irréparable a été commis.

L’aveuglement de l’appareil judiciaire

Cette horreur et ce scandale ont été redoublés par l’aveuglement de l’appareil judiciaire qui, jusqu’à sa dernière instance, la Cour de cassation, a jugé que l’assassin était irresponsable au moment de son acte, en raison d’une «bouffée délirante aiguë» due à sa consommation de cannabis. S’il n’est pas possible de revenir sur la chose jugée, il m’est en tout cas possible de la critiquer radicalement sur les plans anthropologique, moral et historique. Car les juridictions qui ont rendu cette décision d’irresponsabilité et dispensé l’accusé d’un procès l’ont par là même soustrait à la possibilité d’établir juridiquement son acte antisémite.

[...] Suite de la contribution dans le livre L'invisible de la rue Vaucouleurs

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