Individu, communauté, destin

Jean Szlamowicz

Jean Szlamowicz est professeur des universités. Linguiste spécialiste de sémantique, il a produit de nombreuses analyses de la rhétorique antijuive et des constructions idéologiques. Il est l’auteur, aux éditions Intervalles, de Détrompez-vous ! Les étranges indignations de Stéphane Hessel décryptées paru en 2011 et de Le sexe et la langue publié en 2018, ainsi que de Les moutons de la pensée publié en 2018 aux éditions du Cerf.

Le destin posthume de Sarah Halimi a fait d’elle un symbole. Symbole des dénis et des occultations, des lâchetés et des calculs politiques – lot multiséculaire des Juifs, tolérés, méprisés, sacrifiés. Son meurtre révèle la condition du Juif : libre jusqu’à ce qu’il soit rattrapé par la haine.
Sarah Halimi aurait pu n’être qu’elle-même. Mais est-il seulement permis aux Juifs d’exister comme individus sans avoir à le payer ?


Une liberté fragile


La déclaration de Clermont-Tonnerre en 1789 (« Il faut tout refuser aux Juifs comme nation et tout accorder aux Juifs comme individus ») illustre la condition juive dans le cadre de l’individualisme démocratique. Fragile, cette liberté fut naguère remise en question par les lois antijuives des institutions pétainistes. Ce sont aujourd’hui de nouvelles lois, celles de la rue islamique, qui renvoient chaque Juif à son inscription collective et pèsent sur chaque individu.

Ce sont aujourd’hui de nouvelles lois,celles de la rue islamique, qui renvoient chaque Juif à son inscription collective et pèsent sur chaque individu.


Malgré sa discrétion soucieuse de républicanisme, craignant l’accusation de communautarisme, l’identité juive reste en péril. Dans quel interstice, entre les accommodements juridico-politiques d’un laïcisme rigide et d’un islamisme endémique, peut-on être juif aujourd’hui ?


Un refoulé socio-politique


À la mort de Sarah Halimi, les faux-fuyants et les atténuations ont ainsi constitué le rappel d’un refoulé socio-politique propre à notre époque : rien ne doit remettre en cause le discours célébrant un « vivre-ensemble » dont les chimères mortifères ne cessent de grignoter l’unité culturelle de la nation, intimidée par les non-dits d’une bienveillance malsaine.
Ce « vivre-ensemble » n’est pas la Gemeinschaft que Buber avait naïvement en tête, une communauté humaine dont la puissance sociale et spirituelle soit portée par les valeurs exaltantes de la vie. Son véritable visage, aujourd’hui indéniable, fait de la France une terre de méfiance et de peur.

Ce « vivre-ensemble » n’est pas la Gemeinschaft que Buber avait naïvement en tête.


La vie juive – et même la vie tout court – y est conditionnée par des discours protégeant ceux qui crient ou pensent Allah akbar.


Ne jamais céder


Sarah Halimi nous rappelle de ne jamais céder aux apaisements pseudo-raisonnables, toujours annonciateurs des renoncements et des sacrifices. Hashem yikkom dama.

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