Avant. Le docteur Sarah Halimi craignait ce voisin islamiste, antisémite, qui l’avait plus d’une fois menacée. Elle avait envisagé de partir (dans un autre quartier ou en Israël), mais ne l’a pas fait à temps.
Pendant. Pendant le crime, les policiers pourtant présents n’interviennent pas (on ne sait toujours pas pourquoi). Peut-être auraient-ils eu le temps de la sauver.
Après. Après le meurtre, le crime est pour ainsi dire effacé : relégué au fait divers, classé comme conséquence d’une bouffée délirante favorisée par le cannabis. Pas de reconstitution, famille non reçue par le juge d’instruction. Même le caractère antisémite, pourtant évident, a mis des mois à être reconnu. Kobili Traoré bénéficie, depuis sa chambre d’hôpital, d’un accès internet et il crée un compte avec pour nom de code Fofana, du nom du barbare qui a massacré Ilan Halimi en 2006. Puisqu’on nous le dit : pas coupable, pas responsable.
Et je pense à cette strophe déchirante de Yehuda Amichaï :
« (…) Après Auschwitz il y a une nouvelle théologie :
les Juifs morts dans la Shoah
sont devenus maintenant semblables à leur Dieu
qui n’a pas d’image et qui n’a pas de corps.
Ils n’ont pas d’image et ils n’ont pas de corps,
ils n’ont pas de corps. »
Les nazis tenaient à cette phase ultime : détruire les corps pour qu’il n’en reste absolument rien. Ils n’ont pas de corps.
Une négation comparable opère ici : il n’y a pas d’assassin (il est irresponsable), le crime s’est déroulé sans être reconnu ni combattu, et il n’y a pas de procès.
Cette négation, à chaque étape, tue une deuxième fois.