Il nous faut accepter les décisions de justice

Laurent Sagalovitsch

Laurent Sagalovitsch écrit des chroniques sur le site de Slate, ainsi que pour la revue Tenou’a. Il est l’auteur de sept romans, dont Le Temps des orphelins publié en 2019 aux éditions Buchet/Chastel.

Comme tout un chacun, la tragédie survenue à Sarah Halimi m’a profondément bouleversé. Sa mort fut un calvaire abominable qui doit tout autant à sa condition de Juive qu’au délire d’un homme traversé de visions démoniaques, les deux se confondant pour aboutir à un meurtre d’une sauvagerie sans nom. À ce titre, je comprends tout à fait que la décision de la Cour de cassation confirmant l’irresponsabilité du meurtrier puisse étonner, voire choquer.

Un calvaire abominable qui doit tout autant à la condition de Juive de Madame Halimi qu’au délire d’un homme traversé de visions démoniaques.


À l’infini nous pourrions disserter au sujet de la responsabilité ou non de Kobili Traoré, le meurtrier de Sarah Halimi, sans jamais parvenir à une conclusion satisfaisante. Il ne saurait y avoir de science exacte ou d’avis définitifs lorsqu’on en vient à appréhender les ressorts à l’œuvre à l’instant où la pensée, emportée dans des convulsions délirantes, cède à l’acte.
Aussi, il faut prendre les décisions de justice comme elles sont, humaines et donc nécessairement imparfaites. Ce jugement rendu par la Cour de cassation, aussi discutable soit-il, ne possède en soi, ni de près ni de loin, un caractère qui pourrait laisser à penser que celle-ci minore le caractère antisémite du meurtre.

Il faut prendre les décisions de justice comme elles sont, humaines et donc nécessairement imparfaites.


Essentialiser la justice au motif que la victime serait de condition juive ne peut mener qu’à une impasse délétère où l’émotion céderait le pas au caractère univoque de la chose rendue.
Je réalise tout à fait combien, quand on porte en soi, au plus profond de son être, le souvenir des tragédies passées, on peut se montrer d’une intransigeance totale quand nous avons l’impression d’assister à un bégaiement de l’histoire, à une répétition sinistre des abominations d’hier.
Cependant je demeure persuadé qu’il nous faut accepter les décisions de justice, quand bien même elles viennent heurter de plein fouet notre sensibilité, aussi légitimement exacerbée soit-elle.
Ce serait peut-être la seule manière pour que le meurtre de Sarah Halimi ne reste pas cette déchirure qui continuera pendant longtemps encore à transpercer notre cœur.

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