Il fallait un procès. Il nous manquera cruellement

Alain Finkielkraut

Alain Finkielkraut, membre de l’Académie française, est philosophe et essayiste. Il a publié L’Après littérature en 2021 aux éditions Stock.

L’arrêt de la Cour de cassation, venu confirmer en 2021 l’«irresponsabilité pénale» du meurtrier de Sarah Halimi, a profondément choqué une grande partie de la communauté juive. Je partage cette indignation.
Cependant, je ne l’éprouve pas seulement en tant que Juif, etil me paraît capital de souligner qu’une large partie de l’opinion publique française a été surprise d’apprendre qu’il n’y aurait pas de procès pour l’assassin de Sarah Halimi. En témoigne notamment la pétition que nous avons signée, aux côtés de personnalités de tous bords.
À mes yeux, le problème que pose cette absence de jugement se situe ailleurs. Avant de massacrer sa voisine juive, Kobili Traoré n’avait aucun antécédent psychiatrique. Que l’on sache, depuis sa fameuse «bouffée délirante», il n’a pas sombré non plus dans la schizophrénie ou quelque autre pathologie. En revanche, il avait déjà fait de la prison et était bien connu des services de police. La «bouffée délirante» correspondrait à un moment de sa vie, durant lequel il aurait consommé beaucoup trop de haschich.

Une «bouffée délirante» entraînant l’assassinat d’une femme juive

La première réflexion qui vient à l’esprit : si vous commettez un délit après avoir abusé de l’alcool, la justice y voit une circonstance aggravante. Dans l’affaire Sarah Halimi, l’absorption de cannabis a été considérée comme une circonstance atténuante.

[...] Suite de la contribution dans le livre L'invisible de la rue Vaucouleurs

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