Elle s’appelait Sarah

Sylvie Méhaudel

Sylvie Méhaudel est médecin psychiatre, directrice médicale d’ITEP, psychanalyste, membre de Schibboleth – Actualité de Freud.

Elle s’appelait Sarah : un titre, un film, une femme qui cherche à savoir qui elle était, ce qui lui était arrivé.
C’était une petite fille, juive, une histoire vraie, une victime de la rafle du Vélodrome d’Hiver, hiver 1942.
Sarah Halimi était médecin, directrice de crèche à la retraite, mère, grand-mère.

Sarah Halimi était médecin, directrice de crèche à la retraite, mère, grand-mère.

Elle avait soixante-cinq ans, elle était juive.
Elle a été assassinée le 4 avril 2017.
Elle s’occupait d’enfants.
Je suis médecin psychiatre, psychanalyste. Je ne suis pas juive et m’occupe d’enfants recherchés, placés, aux parcours fracassés, souvent marqués par l’errance de foyers en foyers. Comme le meurtrier Kolibi Traoré, placé à la suite d’un passage à l’acte violent ignoré dans sa dimension psychopathologique.
Pas de procès, jugé irresponsable. Alors quand commence le déni, le renoncement à l’éthique ?


Quand commence le déni, le renoncement à l’éthique ?


À l’école, lorsqu’une petite fille se fait harceler par un camarade de classe au nom du prophète, parce qu’elle a osé dire que Dieu n’existait pas. Dans les foyers, dans les instituts thérapeutiques, éducatifs et pédagogiques (ITEP), etc.
Lorsqu’une jeune adolescente renonce à ses ambitions, à sa curiosité intellectuelle, dans le même temps qu’un voile apparaît sur sa tête. Ou que des enfants jeunes, trop jeunes, pratiquent le Ramadan et ce, à l’insu de leurs parents, alors que pour tout autre désir l’autorité parentale est brandie. Ou lorsqu’une jeune fille se voit refuser la possibilité d’adopter un petit chat, parce que les chats sont des représentants de Satan pour une éducatrice.

Les chats sont des représentants de Satan pour une éducatrice.


Sarah Halimi a été massacrée, défenestrée sous le regard des forces de l’ordre par ce jeune délinquant, et aucun acte de désobéissance n’est venu la sauver.
Nous ne saurons jamais vraiment ce qu’il s’est passé.

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