Ce qui a agi M. Traoré serait-il le désespoir de se trouver confusément dépourvu d’une intériorité ?
Pour en faire l’hypothèse, il faut connaître son parcours de vie, fait de ruptures, abandons, placements, absence de re-pères, de mise au travail par la pensée, de métabolisation de ces évènements et des traumatismes, de la destruction par sa propre famille, la destruction de ce qui fait identité, contenu psychique, mouvement psychique, dynamique, envie de vivre, de créer, de former ce qui fait identité et intériorité.
Une intériorité, pour apparaître, nécessite une circonscription, une enveloppe et, pour exister, une histoire à raconter. La fabrication-création par soi-même d’une intériorité sera avant tout liée à la façon dont un être humain aura été entouré, enveloppé, aimé, limité, dé-limité, contenu, par les liens parentaux, familiaux, le groupe et sa culture.
Jouent dans cette construction les rencontres, qui par leur dynamique permettent du jeu dans l’identité, des remaniements, l’apparition de filiations et de nouvelles constructions. À chaque rencontre, plusieurs voies possibles, un choix est fait : soit continuer la recherche et étoffer son intériorité, soit choisir par envie de détruire celle des autres.
Qu’a envié ou détruit M. Traoré ? L’intériorité de Madame Sarah Halimi.
Qu’a envié ou détruit M. Traoré ? L’intériorité de Madame Sarah Halimi. Par-là, s’entend ce qu’elle a patiemment construit et formé de sa vie à l’intérieur d’elle-même. Un monde en soi. L’enfant que fut M. Traoré et qui n’est plus a écrasé son histoire pour croire qu’il n’a rien à raconter, qu’il ne lui est rien arrivé, pour survivre. Il s’est dé-pourvu de son intériorité et de son histoire. Puis il s’est paré de légendes toutes faites d’autres, et cela a fait échafaudage.
Puis, par envie, il détruisit l’intériorité d’une autre.
Ainsi en va-t-il de l’islamisation, de mouvements de nazification ou de résurgence de l’antisémitisme porté à l’état d’organisation sociale étatique. D’un mal contemporain.