Délégitimation d’Israël sur les campus et effacement du Nom

Françoise Ouzan

Françoise Ouzan est historienne et directrice de recherche au Diaspora Research Center de l’Université de Tel Aviv. Elle a publié de nombreux ouvrages sur les survivants de la Shoah, l’identité juive et la diaspora américaine. Réussir pour revivre : jeunes rescapés de la Shoah, publié en 2022 aux éditions
Atlande, est son plus récent.

Au sein de l’université, lieu où se forme l’élite de la nation, la Semaine contre l’apartheid israélien a pour objet de « renforcer l’adhésion au mouvement BDS (Boycott, Désinvestissement, Sanctions) à travers le monde » et de « faire d’Israël un État paria ». En août 2022, dans la Revue des Deux Mondes, Pierre-André Taguieff rappelle que l’accusation d’apartheid relève du mythe politique. Il souligne que l’antisionisme radical – dont le but est l’effacement d’Israël – s’exprime dans les mouvements d’extrême gauche : « L’erreur fondamentale dans l’analyse de l’antisémitisme contemporain consiste à ne pas voir sa nouvelle matrice, à savoir le couple formé par l’antisionisme radical et l’islamisme. »

Pierre-André Taguieff rappelle que l’accusation d’apartheid relève du mythe politique.


C’est ainsi que l’on peut décrypter le phénomène mondial de diabolisation d’Israël. Un exemple : depuis 2014, la Semaine contre l’apartheid israélien rassembla les détracteurs d’Israël sur le campus de l’Université du Mirail, à Toulouse. En 2017, l’Union des étudiants toulousains voulut maintenir la manifestation en dépit du refus du président de l’Université Jean-Jaurès, où elle devait se tenir. En 2012, à Toulouse, les mensonges dont Israël demeure l’objet avaient conduit Mohamed Merah à assassiner des Juifs, dont trois enfants.


Un « pseudo-antiracisme islamophile »


La propagande de l’extrême gauche avance sous couvert de « pseudo antiracisme islamophile », remarque Taguieff. J’ajoute que cette stance, associée au wokisme, a contaminé les universités, en particulier américaines. À Grenoble, Klaus Kinzler, un professeur de Science Po, a osé dénoncer un climat de « rééducation politique ». Relevons son refus de mettre sur le même plan antisémitisme et islamophobie. En Californie, une professeure d’université, Tammi Benjamin, a cofondé AMCHA Initiative, organisation offrant diverses mesures pour lutter contre le harcèlement des étudiants juifs et les manifestations d’antisionisme radical.

Cette stance, associée au wokisme,
a contaminé les universités, en particulier américaines.


Même à l’Université de l’Indiana, longtemps préservée des flambées de judéophobie, en 2021, les mezouzah placées à l’entrée des logements universitaires furent arrachées et remplacées par des pièces collées sur les fronteaux… Effacement du Nom ? Cancel culture ?

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