Ma conviction : Sarah Halimi aurait pu être sauvée ce soir-là

Meyer Habib

Meyer Habib est député de la huitième circonscription des Français de l’étranger et a été vice-président du Conseil représentatif des institutions juives de France (CRIF), où il était responsable de la commission Israël.

Dans la nuit du 3 au 4 avril 2017 à Paris, le docteur Sarah Halimi était massacrée chez elle à poings nus pendant presque quinze minutes, avant d’être défenestrée par son meurtrier, parce qu’elle avait le malheur d’être juive. Encore une fois, soixante-quinze ans après la Shoah, après Ilan Halimi, après Sébastien Selam, après les victimes de l’école de Toulouse et de l’Hypercacher et avant Mireille Knoll, l’antisémitisme a tué en France. Ce meurtre barbare, d’une violence inouïe, a d’abord étrangement été couvert par un silence médiatique, comme nous l’a lui-même confié le procureur de la République de Paris au moment des faits, M. François Molins, lors de son audition par notre commission. Il a fallu notamment attendre ma question au gouvernement en juillet 2017 – soit trois mois après le meurtre – et la reprise des travaux parlementaires, pour que l’opinion commence à s’intéresser et à se saisir de cet énième drame. À l’horreur de ce meurtre, au déni politique et à la détresse d’une famille face à ce nouvel affront qu’est l’indifférence, s’est ajoutée l’incompréhension concernant la décision de justice de la cour d’appel de Paris de retenir l’irresponsabilité pénale du meurtrier en raison de l’abolition,
d’abord supposée partielle puis totale, de son discernement par son intoxication au cannabis.
Chacun peut saisir les conséquences juridiques, mais aussi morales, d’une telle décision, et l’effroi qu’elle répand sur une famille dont le deuil, déjà douloureux, devient dès lors insupportable.

Encore une fois, soixante-quinze
ans après la Shoah, l’antisémitisme
a tué en France.

Appelé très vite par le frère de la victime trois jours après le meurtre, je me suis longuement intéressé au dossier et il m’a rapidement semblé évident que cette décision fut prise sur la base d’une enquête lacunaire, voire d’un excès de compréhension du meurtrier par la juge d’instruction, au détriment à la fois de la victime et de la veuve.

[...] Suite de la contribution dans le livre L'invisible de la rue Vaucouleurs

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